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Au pays des données…

Data governance – ou gouvernance de données –, voilà un terme à la mode et que nombre d’éditeurs, analystes et journalistes accommodent à toutes les sauces. Il est devenu l’un des principaux objectifs et drivers des projets informatiques liés aux données. C’est pourtant probablement aussi l’un des plus flous, l’un des moins mesurables, et définitivement le plus abstrait. Quelle signification réelle donner à ce grand fourre-tout ? Quelle importance ? Quel impact, surtout, sur l’entreprise ?

Pour essayer de redonner du sens à un terme largement galvaudé, revenons aux bases sémantiques par le biais d’une analogie accessible à tous, et envisageable jusque dans ses moindres détails. Bienvenue au pays des données… Si les données en sont les citoyens, la gouvernance d’un tel pays viserait à s’assurer que ces données cohabitent de manière paisible, restent en bonne santé, s’enrichissent, n’habitent pas les unes sur les autres, ne se détruisent pas en cas de conflit, et surtout travaillent ensemble chaque année à l’augmentation du PIB du pays des données. C’est-à-dire créer de la valeur par l’utilisation et l’action de chacun. Bien sûr, les lois de bioéthique empêcheraient de cloner ou dupliquer les habitants… La gouvernance des données se définit donc comme un cadre visant à garantir la bonne gestion des données au sein de l’entreprise. Mettre les données sous gouvernance, c’est en éviter la génération et l’utilisation chaotiques.

Au pays des données, la gouvernance implique donc :

Un territoire à gouverner :

Le périmètre d’influence de la gouvernance se doit d’être clairement défini, les frontières du pays clairement délimitées. De quel type de données parlons-nous ? Cette question du périmètre n’est pas anodine, et son influence sur les projets et outils à mettre en œuvre est importante. Les données dites « de référence », si critiques qu’elles motivent un investissement particulier pour leur bonne gestion, forment un premier ensemble cohérent, et leur gouvernance est à l’origine des projets de MDM. Qu’en est-il des données de transactions ? Des données d’interactions sociales ? De plus en plus populaires, pleines d’intelligence pour l’entreprise, elles ne rentrent pas dans le moule référentiel, mais peuvent bénéficier d’initiatives de qualité de données, avec des caractéristiques propres (volume et volatilité, par exemple). Egalement, le pays des données n’échappe pas à la mondialisation. S’il est important d’établir des frontières pour raison de sécurité, les initiatives de « marché commun » avec les pays voisins (partenaires, fournisseurs de données, vivier de données) sont de plus en plus nombreuses et permettent de dépasser le périmètre de l’entreprise traditionnelle, en faveur de « l’exterprise ».

Un gouverneur :

Le pays des données considéré (par exemple celui des données de référence) doit avoir un chef, un sponsor qui lui communique une vision, et s’assure de l’alignement de l’ensemble des membres de son gouvernement, qui comme dans la vie réelle, peuvent être attirés par la tentation individualiste, la volonté de gérer ses données « administrées » de manière autonome et égoïste. Ce sponsoring exécutif est un facteur important de succès des projets liés à la gouvernance des données. Son absence, source des fameux couacs gouvernementaux, est systématiquement facteur d’échec. Le gouverneur est souvent un membre de la direction (DSI, DG), suffisamment influent et respecté pour imposer un choix en cas de blocage.

Un gouvernement et son organe de contrôle :

Tout territoire nécessite une équipe définissant dans le détail la stratégie et les lois à mettre en œuvre pour garantir son bon fonctionnement. Le pays des données n’y échappe pas. Les changements organisationnels, et en particulier la mise en place d’équipes transverses dédiées font partie des points les plus visibles dans les chantiers de gouvernance de données. Le Conseil de gouvernance (Data Governance Council) est chargé de définir les règles régissant les données, la loi. Les Stewards de données (Data Stewards) s’assurent de la conformité à cette dernière et, dans le cas contraire, y remédient. A l’instar des gouvernements nationaux, pour garantir le succès de l’initiative, ils sont théoriquement indépendants des intérêts particuliers et des lobbies métiers. Mais ils doivent également posséder une connaissance poussée des données et de leur exploitation dans les processus de l’entreprise. C’est pourquoi ils sont souvent issus de la « société civile », c’est-à-dire préalablement membres des équipes métier, avec pour mission de dépasser leur précédente affectation pour le bien commun.

Des lois et des processus institutionnels:

L’objectif premier du gouvernement ci-dessus est d’établir le schéma de gouvernance, l’ensemble des règles qui régissent les bonnes pratiques autour de la création, l’utilisation, la modification et la suppression des données. Ces lois sont de plusieurs types. Il y a celles qui établissent les titres de propriété (propriétaires de données/data owners), les servitudes (consommateurs de données) et les règles de gardiennage (data custodians). Il y a également celles qui définissent les limites, les interdits ou plus positivement les normes. Ces règles seront appliquées et contrôlées par les data stewards. Comme dans la société civile, la bonne gestion des données passe donc par la responsabilisation ordonnée des acteurs (prévention) et le contrôle systématique (répression). L’application de cette loi et son pendant correctionnel (au premier sens du terme) peut faire intervenir des processus orchestrant de multiples acteurs, selon le schéma défini par le conseil de gouvernance.

Et les outils informatiques dans tout ça ? Ils sont les infrastructures du pays des données. Les véhicules, les panneaux de signalisation, et même si c’est moins drôle, les radars automatiques. Ils sont là pour faciliter la mise en application du schéma de gouvernance, donner les outils au gouvernement, garantir l’ordre et le respect de la loi. En aucun cas ils n’aident à sa définition. La gouvernance des données est une initiative prise par l’entreprise pour l’entreprise, indépendamment de toute solution informatique qui devra s’y adapter (si suffisamment flexible).

 

A l’image du gouvernement d’un pays, la gouvernance de données a l’ambition d’une gestion parfaitement efficace du paysage de données de l’entreprise. Utopique ? Peut-être. Ambitieux ? Sûrement. Crucial ? Définitivement. Assurons-nous donc que le chemin vers cet idéal délivre lui-même de la valeur. C’est sur ce critère que l’on jugera la pertinence des outils informatiques.

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